Conte d'aventure et de valeurs

Ali Baba et le secret des quarante

Ali Baba découvre une grotte remplie de biens volés. Avec Marjana et la responsable du marché, il rassemble les indices, protège son frère et résout l'affaire sans violence.

Ali Baba, Marjana et Huda examinent dans la grotte des quarante les biens disparus du marché

Ali Baba et sa cousine Marjana tenaient un petit atelier à l'entrée du marché. Ali réparait coffres, tabourets et volets de bois. Marjana organisait les commandes et veillait à rendre à chacun ses outils, ses tissus et sa monnaie.

Qasim, le frère aîné d'Ali, était un marchand d'étoffes prospère. Il aimait son frère, mais il mesurait parfois la réussite au nombre de pièces rangées dans un coffre. Il oubliait que la confiance a justement de la valeur parce qu'aucune balance ne peut la peser.

Ce mois-là, des objets utiles disparurent du marché : des rouleaux de tissu, des lampes de cuivre, des outils de menuisier et des sacs de grain. Ce n'était pas le trésor étincelant d'un conte. Chaque objet représentait le travail et le revenu d'une famille.

Huda, la responsable du marché, nota le sceau coloré de chaque boutique. Elle donna aussi une consigne claire :

Si vous remarquez un indice, venez me prévenir. Ne poursuivez personne et n'enquêtez jamais seuls.

Un mot devant la roche

Un matin, Ali partit chercher des branches tombées pour fabriquer des manches d'outils. Sur le chemin du retour, il entendit de nombreux sabots. Il s'écarta du sentier et attendit derrière un large rocher.

Des cavaliers vêtus de manteaux semblables s'arrêtèrent devant une paroi. Grâce aux nœuds de sa corde, Ali les compta : ils étaient quarante.

Leur chef s'avança et prononça :

Sésame, ouvre-toi.

Une porte de pierre glissa dans la montagne. Les cavaliers transportèrent des paquets à l'intérieur, puis repartirent. Ali attendit que le dernier bruit de sabots disparaisse. Il ne courut pas vers la grotte. Dans son carnet, il dessina la forme du rocher, une plante de sésame voisine et la marque triangulaire aperçue sur un ballot.

De retour à l'atelier, il raconta tout à Marjana. Elle ne lui demanda pas combien de pièces d'or il avait vues.

As-tu reconnu le sceau d'une boutique ? demanda-t-elle.

Ali se souvint d'un rouleau noué de bleu et de jaune, comme les étoffes disparues d'Amina. Ils allèrent aussitôt voir Huda. Celle-ci félicita Ali d'être resté à distance et organisa une visite en plein jour avec deux gardiens de confiance.

Ce que cachait la grotte

Le lendemain, Ali répéta les mots entendus. La pierre s'ouvrit sans bruit. Un gardien resta dehors tandis qu'Ali, Marjana, Huda et l'autre gardien entraient.

Ils ne découvrirent pas une merveilleuse montagne d'or. Ils reconnurent les moyens de vivre des familles du marché : le coffre d'un menuisier marqué d'une étoile verte, les étoffes bleues et jaunes d'Amina, des sacs de grain raccommodés de rouge et les lampes qu'un artisan cherchait depuis une semaine.

Huda leva la main.

Nous enregistrons tout avant de déplacer quoi que ce soit. Rendre les biens exige de l'ordre autant que du courage.

Marjana regroupa les objets selon leurs sceaux colorés. Ali compta les caisses. Huda dressa l'inventaire. Personne n'ouvrit les paquets privés ni ne réclama de récompense sur la perte des autres.

Ali Baba, Marjana et Huda relèvent les sceaux colorés des caisses et des tissus dans la grotte éclairée par le jour

Qasim veut aller trop vite

Qasim avait vu le groupe quitter la ville. Intrigué, il suivit les traces des charrettes et découvrit la grotte. Lorsqu'il aperçut deux rouleaux provenant de sa boutique, une idée imprudente lui vint : s'il entrait le premier le lendemain, on l'appellerait peut-être le héros et on lui offrirait une grande récompense.

À l'aube, Qasim partit seul et utilisa la formule secrète. Il entra, mais quelques minutes plus tard la porte de pierre se referma. La peur mélangea les mots dans sa mémoire.

« Orge, ouvre-toi ! » essaya-t-il. Puis : « Pois chiche, ouvre-toi ! »

Rien ne bougea. Qasim cessa de crier, s'assit loin des caisses et respira lentement. Il appela à l'aide au lieu de pousser la roche ou d'abîmer les marchandises.

Dehors, Marjana repéra ses traces près du chemin. Ali remarqua que la boutique de son frère n'avait pas ouvert. L'équipe de Huda arriva pour la collecte prévue, ouvrit la grotte et trouva Qasim sain et sauf.

Il baissa la tête.

J'ai voulu devancer tout le monde et j'ai abandonné notre plan. Je suis désolé.

Ali le serra dans ses bras, puis répondit :

Je suis heureux que tu n'aies rien. Mais après de vraies excuses vient le travail qui répare l'erreur.

Sous la direction de Huda, Qasim passa la journée à charger les objets retrouvés sur les charrettes du marché. Personne ne glissa une pièce dans sa poche. Tout devait revenir à son propriétaire.

Le marchand d'huile silencieux

Le soir suivant, un inconnu élégamment vêtu arriva chez Ali. Il se présenta comme marchand d'huile et demanda à laisser plusieurs grandes jarres dans la cour jusqu'au matin. Son manteau portait une poussière gris pâle semblable à celle de la grotte.

Ali lui offrit l'hospitalité habituelle, mais Marjana observa les détails. Une jarre pleine d'huile est lourde et laisse entendre le mouvement du liquide. Celles-ci étaient légères et silencieuses. Sur l'une d'elles, un sceau triangulaire venait d'être gratté. Il ressemblait exactement au dessin d'Ali.

Marjana ne souleva aucun couvercle et n'accusa pas l'étranger. Elle suspendit un tissu bleu à la fenêtre, le signal discret convenu avec Huda en cas de danger. Puis elle poursuivit calmement la conversation jusqu'à l'arrivée de la responsable et de son équipe.

Marjana montre discrètement les jarres silencieuses et un sceau triangulaire effacé tandis qu'Ali Baba et Huda comprennent l'indice dans la cour

Huda demanda au marchand de rester pendant l'inspection. Les jarres contenaient des manteaux pliés, des sacs vides et de faux sceaux du marché, mais pas une goutte d'huile. La poussière correspondait à celle du sol de la grotte. Pendant ce temps, les gardiens qui observaient les routes identifièrent le reste du groupe grâce aux mêmes signes, sans course dans les rues animées.

Le conseil de la ville écouta les preuves et laissa chacun s'exprimer. Les responsables durent rendre les objets, remplacer ce qu'ils avaient endommagé et accomplir un travail surveillé jusqu'à réparation de leur dette envers le marché. La vérité n'avait pas eu besoin d'une bataille.

Un trésor impossible à voler

Les tissus, les lampes, le grain et les outils retrouvèrent leurs propriétaires. Qasim utilisa sa meilleure charrette pour les livraisons et présenta ses excuses à ceux que sa précipitation avait retardés. Ali reprit son travail du bois. Marjana aida désormais Huda à améliorer le registre des sceaux, car elle remarquait ce que les gens pressés ne voyaient pas.

Les habitants fermèrent la grotte vide et plantèrent du vrai sésame près du chemin. Quand les enfants apercevaient ses petites fleurs, ils entendaient une autre sorte d'histoire de trésor.

« Sésame, ouvre-toi » n'était pas son plus grand secret. Le vrai secret était ailleurs : Ali n'avait pas transformé un vol en richesse personnelle, Marjana n'avait pas confondu intelligence et danger, et Qasim avait compris que rejoindre une équipe demande parfois plus de courage que de courir devant.

Un après-midi, Qasim rapporta un coffre réparé à son propriétaire.

Avant, je croyais qu'un trésor était ce que l'on pouvait emporter.

Marjana sourit.

Parfois, le trésor est ce que l'on rapporte. La confiance revient avec lui.

Ce que nous pouvons retenir

  • Un objet trouvé n'appartient pas automatiquement à la personne qui le découvre.
  • Des indices examinés calmement et l'aide d'adultes responsables protègent mieux qu'une confrontation solitaire.
  • Être malin, c'est aussi savoir attendre, préparer un plan et demander de l'aide.
  • Des excuses sincères sont suivies d'actions qui réparent le tort causé.
  • L'honnêteté et la coopération rendent les biens et reconstruisent la confiance.

Discussion après la lecture

  1. Pourquoi Ali n'est-il pas entré seul dans la grotte après le départ des cavaliers ?
  2. Quelle fut la première question de Marjana, et que montre-t-elle ?
  3. Comment l'équipe a-t-elle reconnu les biens des familles du marché ?
  4. Quelle erreur Qasim a-t-il commise, et comment a-t-il aidé à la réparer ?
  5. Quels indices ont rendu les jarres suspectes aux yeux de Marjana ?
  6. Pourquoi a-t-elle utilisé le tissu bleu plutôt que d'affronter l'étranger ?
  7. Quelle différence y a-t-il entre prendre un objet volé et le rendre à son propriétaire ?
  8. À quel adulte de confiance parlerais-tu face à une situation étrange ou dangereuse ?
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